Coron, la fin d’un voyage au bout monde
Après la course contre la montre d’El Nido et ce départ précipité pour fuir possibles inondations, nous pensions avoir payé notre tribut au climat capricieux de Palawan. Coron, elle, avait visiblement d’autres projets pour nous. Entre ces îles escarpées qui percent la mer comme des crocs de calcaire, le programme s’annonçait à la hauteur du reste du voyage : intense, imprévisible, inoubliable.

Le Vomiboot : la traversée qui nous aura marqués à vie
Tout commence par une attente interminable dans le terminal du bateau, sous un soleil de plomb, à se dessécher sur place, au point de se demander si ce ferry allait un jour se décider à arriver. Nous pensions, naïvement, que nos épreuves s’arrêteraient là. Erreur : le calvaire ne faisait que commencer.
Fallait s’y attendre, après les annonces d’inondations à El Nido : la mer, elle aussi, avait des comptes à régler. Houleuse, déchaînée, presque vengeresse, elle a décidé de nous secouer dans tous les sens pendant plus de cinq heures. La certitude est tombée dès que les stewards ont distribué les petits sachets en papier.

Un seul d’entre nous s’en sortira totalement indemne, casque sur les oreilles, perdu dans les épisodes d’une série qui s’enchaînent sans fin. Tout autour de moi, à tour de rôle, chacun a fini par tomber malade. Mon tour est venu aussi, casque sur les oreilles, musique à fond, et pour stabiliser mon estomac, une lutte à coups de mangues séchées. La seule chose qui perçait la musique, c’était le bruit sourd de la montagne de bagages qui s’effondrait un peu plus loin.
Je ne saurais dire combien de temps aura duré cette traversée, ni comment il s’est écoulé. Ce dont je suis certaine, c’est qu’elle nous aura traumatisés à vie. En descendant du bateau, le verdict était sans appel : l’estomac retourné, le teint pâle, personne n’était en état de faire quoi que ce soit. Nous avons mis toute la soirée à nous en remettre. Ce ferry, nous ne l’appellerons plus jamais autrement que le Vomiboot.
Après cet épisode traumatique, direction l’hôtel. Oui, après trois semaines à partager des lieux avec d’autres voyageurs, une chambre pour chacun aura, ce soir-là, plus que jamais, mérité son titre de sanctuaire, surtout après une telle épreuve.
Découverte de la ville et de Cabo Beach

Après l’épreuve du Vomiboot, la journée s’annonce plus douce : direction la découverte de Coron Town, à moto, entre pauses vue et farniente.
Premier arrêt, Lualhati Park. Perché sur les hauteurs de Coron Town, ce petit parc offre l’un de ces panoramas qui remettent tout en perspective : la baie qui s’étire à perte de vue, les silhouettes des îles karstiques posées sur une mer redevenue sage, et le village qui s’anime en contrebas. Après la tempête de la veille, prendre le temps de simplement s’asseoir et regarder, sans autre objectif que celui-là, a quelque chose d’une petite victoire.
La route reprend ensuite vers Cabo Beach, la plage la plus proche de la ville. Le trajet serpente à travers une nature encore sauvage, loin de l’agitation du centre. Ici, le sable est plus discret, les touristes plus rares, et la plage garde cette allure de coin préservé, presque secret, le genre de moment suspendu qui répare tout ce que le Vomiboot avait abîmé la veille.
Rien de plus prévu ce jour-là : juste le plaisir de flâner, de découvrir la ville au fil des rencontres, sans autre objectif que de se laisser porter. Le soir venu, direction El Kuvo pour le dîner, repas occidental, face à l’eau, pour clore en douceur cette première vraie journée sur l’île.
Barracuda Lake, Twin Lagoon et les mangroves de CYC Island
Après une journée à hauteur d’homme, place à la mer. Pour explorer les îles au large de Coron, nous optons pour un bateau privé plutôt que pour les tours collectifs, un clin d’œil à notre journée en bateau privé à El Nido, où la formule avait déjà fait ses preuves.


Barracuda Lake : l’ascension avant la récompense
Première étape, l’île de Banuang Daan, où se cache le fameux Barracuda Lake. Le bateau accoste dans une petite baie encaissée, hérissée de rochers, dont le nom m’échappe encore aujourd’hui. De là, il faut crapahuter : un chemin de pierres et de passerelles en bois serpente entre les parois de calcaire tranchant, façon parcours d’accrobranche, en tongs et en maillot de bain plutôt qu’en baudrier.
L’effort en vaut largement la peine. Le lac, niché au creux d’un ancien cratère et encerclé de falaises calcaires vertigineuses, doit son nom à un énorme barracuda dont on aurait retrouvé le squelette dans ses profondeurs, et la légende locale veut que ses descendants y rôdent toujours. Sous la surface, l’eau douce se mêle à l’eau de mer et crée un jeu de températures et de couleurs déroutant, fraîche en surface, elle se réchauffe brutalement en profondeur, jusqu’à devenir presque chaude, pendant que le bleu limpide vire au vert intense puis au brun trouble. Une plongée dans ce lac, c’est un peu comme traverser plusieurs mondes en quelques mètres.

En repartant de là, halte snorkeling avant la pause gourmande non loin du Twin Lagoon et de la Baracuda Wall : notre skipper nous prépare un véritable festin, avec vue sur la baie en prime. Un repas comme on n’en attend pas d’un simple tour en bateau, savouré face à ce décor de falaises et d’eau turquoise.

Le repas à peine terminé, direction le Twin Lagoon, cette fois à bord d’une embarcation translucide qui laisse voir le fond marin défiler sous nos pieds. Glisser ainsi, suspendus entre deux eaux, entre les parois qui se resserrent à l’entrée du lagon, ajoute encore une dose de magie à cette matinée déjà bien remplie.



CYC Island, Banul Beach et Atwayan Beach
Cap ensuite sur CYC Island, où nous partons à la découverte des mangroves, un autre visage de Coron, plus végétal, plus silencieux, loin des eaux turquoise et des falaises de calcaire. Puis le bateau reprend sa route pour boucler la boucle avec Banul Beach et Atwayan Beach, dernières étapes avant le retour : deux plages qui se suivent sans se ressembler, chacune avec sa propre nuance de turquoise et son sable plus ou moins fin. Le bateau glisse une dernière fois au pied des falaises calcaires qui font toute la signature de Coron, ce même relief qui, quelques jours plus tôt, avait donné son décor à notre traversée cauchemardesque, avant de mettre le cap sur le retour.



Maquinit Hot Springs : la détente méritée
Après l’intensité de la veille, le lendemain s’ouvre sur un tout autre rythme : Un petit tour dans les plus belles plages à l’est de l’île principale ensuite, direction les Maquinit Hot Springs, sources d’eau chaude naturelles nichées en bordure de mangrove. Autant le dire tout de suite, on ne s’attendait pas à une telle chaleur, littéralement. L’eau, alimentée par une activité géothermale souterraine, frôle par endroits une température qui donne l’impression de se liquéfier sur place.




Mais après une journée aussi intense que celle de la veille, cette chaleur presque excessive fait un bien fou. On s’installe, on se laisse cuire doucement, corps immobile, esprit vide, et pour la première fois depuis le Vomiboot, plus rien à affronter, juste à se laisser porter.


Mount Tapyas : le plus beau coucher de soleil de la région

Le soir venu, direction le Mount Tapyas Viewdeck, réputé pour offrir le plus beau coucher de soleil de la région. Mais avant d’espérer le moindre spectacle, il faut d’abord le mériter : 724 marches à gravir, sans interruption, jusqu’au sommet. Une volée d’escaliers qui donne l’impression de ne jamais finir, surtout après une journée déjà chargée en émotions et en activité physique.


Le soir venu, direction le Mount Tapyas Viewdeck, réputé pour offrir le plus beau coucher de soleil de la région. Mais avant d’espérer le moindre spectacle, il faut d’abord le mériter : 724 marches à gravir, sans interruption, jusqu’au sommet. Une volée d’escaliers qui donne l’impression de ne jamais finir, surtout après une journée déjà chargée en émotions et en activité physique.
L’arrivée en haut récompense largement l’effort : la ville de Coron, la baie et les îles environnantes s’étendent à perte de vue, et le ciel s’embrase peu à peu au-dessus de l’eau. Un moment suspendu, jambes en compote mais cœur léger, pour clôturer cette avant-dernière journée sur l’île.
Une dernière journée au ralenti, au bord de la piscine du Venus
Après l’enchaînement des journées précédentes, le dernier jour s’impose comme une pause bien méritée. Pas de programme, pas de réveil aux aurores : juste la piscine du Venus Royale Hotel, un transat, et le luxe de ne rien avoir à faire. Après le Vomiboot, Barracuda Lake, la mer déchaînée et les 724 marches du Mount Tapyas, le corps réclamait ce genre de journée où l’on ne fait que se laisser flotter?

Le soir venu, nous rejoignons le Corto Del Mar pour un dernier resto dans un cadre sympathique, en groupe, avant que les chemins ne se séparent. Un dernier repas, de derniers fous rires, la conscience que ce voyage touche à sa fin.
Le mot de la fin
Le lendemain matin, direction Manille, avant d’embarquer pour Singapour, à trois cette fois, le reste du groupe prenant sa propre route. Coron aura été notre dernière étape aux Philippines, et pas la plus tranquille : entre le Vomiboot, les 724 marches du Mount Tapyas et la chaleur électrique des Maquinit Hot Springs, l’île nous aura fait payer chaque moment de grâce. Mais c’est peut-être bien ça, la formule qui résume tout ce voyage : rien n’aura été donné, tout aura été mérité et c’est exactement pour ça qu’on n’oubliera rien.
Votre dévouée Ninve,


